Je vous écris dans un contexte de facturation d’honoraires d’avocat au taux horaire (à l’heure).
L’omniprésence des outils d’intelligence artificielle laisse croire que tout se passera plus vite. Je l’ai même cru un instant. Mais voici mon compte rendu, selon ma propre expérience professionnelle à la date du présent billet de blogue.
Qu’est-ce qui va plus vite ?
La révision de texte. Relire un long courriel, une longue lettre, une longue déclaration ou une longue procédure judiciaire pour corriger l’orthographe, la grammaire et les coquilles me prenait beaucoup de temps. À présent, en quelques clics, les erreurs sont repérées et corrigées.
Il me reste toutefois à veiller à ce que l’IA n’ait pas décidé de changer le sens de mes phrases au point de les dénaturer. Il faut quand même dire ce qu’on voulait dire. L’IA peut mal nous comprendre ou encore mal comprendre le droit applicable. Elle n’a jamais exercé comme avocat au Québec, dans nos salles de cour, devant nos juges.
Avant l’IA, il n’était pas réaliste de rédiger une lettre juridique de qualité d’une dizaine de pages en une heure et demie. Si vous demandez aux avocats plus anciens dans la profession, plusieurs vous diront ce qu’ils m’ont dit : « On facture une heure par page. » Aujourd’hui, il est possible de facturer une heure et demie pour dix pages de travail juridique.
Maintenant, qu’est-ce qui est plus lent avec l’omniprésence de l’IA ?
Je vous donne quelques exemples.
- Avant, un client pouvait me transmettre quelques paragraphes rédigés par lui-même. Aujourd’hui, je reçois plusieurs dizaines de pages, pas nécessairement toutes pertinentes dans le cadre de mon travail juridique. Parfois, il vaut mieux en savoir plus que pas assez. Ce n’est donc pas toujours mauvais en soi. Mais ça prend plus de temps de lire vos nombreux fichiers générés par l’IA pour me décrire tout ce qui s’est passé depuis la naissance de vos enfants. Mon travail devient donc un travail de tri : lire rapidement ce qui ne m’est pas utile et retenir les informations dont j’ai besoin.
- Avant, quand un client m’écrivait, il s’adressait à moi. Aujourd’hui, quand je reçois des courriels rédigés par l’IA, plusieurs éléments peuvent porter à confusion. L’IA s’adresse parfois au client, parfois à moi, parfois à un autre avocat dans une autre instance. Je me retrouve à parler avec un robot qui dit plein de choses sans égard à la conversation que j’essaie d’avoir avec le client ou que le client essaie d’avoir avec moi. Cela peut prendre du temps à démêler et à réorganiser dans le cadre de mon travail.
- De même, avant, dans les consultations juridiques, le client pouvait me faire un résumé simple, direct et allant droit au but. Aujourd’hui, je reçois des romans autobiographiques. J’ai 60 minutes pour cerner les enjeux juridiques et formuler mes recommandations et mes conseils. Le faire rapidement à travers des romans rédigés par l’IA exige une grande efficacité de ma part. Et même là, si les 60 minutes ne suffisent pas parce que l’IA vous a suggéré 120 questions à me poser, je dois vous inviter à prendre une seconde consultation complémentaire. Ce n’est pas réaliste de répondre à 120 questions en 60 minutes tout en prenant connaissance de nombreux faits.
En résumé, l’IA fait aller certaines choses plus vite, mais en ralentit d’autres dans le travail d’avocat en droit familial et en protection de la jeunesse.