Dans les dossiers de protection de la jeunesse, j’ai progressivement constaté que la partie institutionnelle — souvent la DPJ ou l’avocat du travailleur social — bénéficie d’une forme de crédibilité structurelle.
La DPJ représente le système.
Son récit est souvent déjà familier au tribunal.
Sa présentation s’inscrit naturellement dans le déroulement procédural attendu.
Il n’est donc pas surprenant que cette version des faits soit, au départ, moins confrontée ou interrompue.
Pendant ce temps, dans mon rôle d’avocate représentant un parent DPJ, mon travail consiste souvent à faire autre chose :
- questionner le récit institutionnel
- introduire de la nuance ou le doute
- ralentir un processus qui, par nature, tend vers les mesures de protection demandées par la DPJ
Ce rôle amène inévitablement plus de questions, plus d’interruptions et plus d’examens.
Avec le temps, j’ai compris que ce phénomène ne relevait pas uniquement d’une impression personnelle. Il existe réellement une dynamique structurelle dans la manière dont ces dossiers se déploient devant le tribunal.
Mon rôle dans cette dynamique
Le rôle de l’avocat institutionnel (DPJ) consiste souvent à présenter le dossier au tribunal.
Le mien, avocate des parents DPJ, consiste plutôt à mettre ce dossier à l’épreuve.
Or, mettre un dossier à l’épreuve crée nécessairement une forme de friction dans le récit présenté. Cela amène des questions, des précisions, des objections et parfois des interruptions.
Avec les années, j’en suis venue à voir cette friction autrement : c’est précisément là que se trouve le cœur du travail d’une avocate visant l’excellence.
Ce que l’expérience m’a appris
Les compétences que mon rôle d’avocate des parents m’a forcé à développer — m’adapter rapidement, condenser mes arguments, répondre clairement sous interruptions ou sous objections, et, devant l’adversité extrême — sont des compétences de plaidoirie particulièrement exigeantes.
Beaucoup d’avocats n’ont jamais à les développer aussi intensément, simplement parce que leur rôle ne les y oblige pas.
Ma frustration face à certaines asymétries peut être réelle. Mais avec le recul, je reconnais aussi que cette réalité m’a amenée à développer une capacité d’adaptation à l’adversité qui est devenue une véritable force dans ma pratique.
C’est aussi, je crois, l’une des raisons pour lesquelles j’ai pu bâtir la pratique et la réputation qui sont les miennes aujourd’hui.
Ces réflexions me viennent après plus de six années de pratique, maintenant rendue à ma septième année comme avocate.
Elles ne sont pas le fruit d’un moment de frustration, mais plutôt d’un regard rétrospectif posé sur les nombreuses audiences, les débats et les échanges vécus devant le tribunal.
Aujourd’hui, ces observations émergent d’un endroit différent : une forme de calme et de maîtrise de mon art