Le nombre de fois où je me suis fait dire : « Bin là, la travailleuse sociale le dit. » Ou encore : « La DPJ le dit. » Ou encore : « L’experte travailleuse sociale de la Cour supérieure le dit ! »
Comme si cela signifiait que la travailleuse sociale détenait la vérité absolue et que nous étions idiots de remettre en question son opinion.
Ça, c’est mon quotidien.
Les remises en question sont mal vues.
Pourtant, au Québec, nous avons un système de justice dans lequel le ou la juge a le dernier mot, et non le ou la travailleuse sociale.
Ça, j’ai dû le plaider.
J’ai dû amener le Tribunal, preuve après preuve, argument après argument, à constater que suivre les recommandations de la travailleuse sociale était non seulement absurde, mais aussi contraire au bien-être et à l’intérêt des enfants.
Ça n’a pas été facile.
Je dois toutefois souligner le caractère extraordinaire de la magistrate que nous avions. La juge à la Cour supérieure fait partie des plus grands cerveaux du droit québécois et canadien. Elle a notamment occupé le prestigieux poste de clerc à la Cour suprême du Canada. Seuls les candidats d’une qualité intellectuelle exceptionnelle sont retenus, et il n’y en a que neuf par année dans tout le pays. Il s’agit de l’élite dans le domaine juridique.
J’ai été écoutée.
On m’a permis de faire mon travail.
On m’a permis de faire ma preuve.
On m’a permis de plaider.
C’est précieux pour moi.
Je ne demande jamais de gagner.
Je ne demande qu’une chose : avoir l’occasion d’exécuter mon travail, de présenter la preuve et les arguments.
Aujourd’hui, j’ai pu le faire.
Et je crois important de le souligner.
Je critique constamment notre système en droit de l’enfant et de la jeunesse. Il faut aussi savoir reconnaître ce qu’il a de beau lorsque cela se présente. N’est-ce pas?