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L’ombre de mon travail

J’ai reçu le jugement final dans un dossier de protection de la jeunesse.

Je suis déçue.

Est-ce que j’accepte la décision du Tribunal ? Oui.

Est-ce que je me soumets à la décision du Tribunal ? Oui.

Est-ce que je respecte la décision du Tribunal ? Oui.

Est-ce que je suis déçue ? Oui.

Pourquoi ? Parce qu’on n’y voit pas l’ombre de mon travail acharné.

Le jugement reprend essentiellement l’ensemble du contenu des rapports de la DPJ ainsi que le témoignage de l’intervenante de la DPJ.

J’ai travaillé et facturé près de 60 heures dans ce dossier. Nous disposions d’un nombre important d’éléments de preuve : des enregistrements, des messages textes hautement préoccupants ainsi que des rapports de suivis sociaux externes. Nous avions également un témoin professionnel extrêmement pertinent et crédible à nos côtés. Notre preuve n’a pas convaincu le Tribunal de respecter le rythme et le souhait de l’enfant, ce qui constituait l’unique objet de notre demande. La DPJ a convaincu le Tribunal que c’était à elle de définir l’intérêt de l’enfant, sans être tenue formellement de respecter son rythme et son souhait, malgré des preuves d’abus pleinement admis par le parent concerné et par la DPJ.

Le parent que je représentais a assumé les coûts émotionnels et financiers tout au long du processus judiciaire.

Je ne prétends pas devoir remporter chaque cause contre la DPJ.

En revanche, mes 60 heures de travail n’existent désormais qu’entre le parent que je représentais et moi-même. Le jugement n’en porte aucune trace significative. Je vous en parle ici pour les faire revivre un peu. Cela me fait du bien de leur redonner une existence.

À nouveau, j’accepte que la preuve de la DPJ ait été jugée plus convaincante que la mienne. Je respecte la décision du Tribunal et je m’y soumets. La déception est un sentiment naturel et humain. Ne venez pas insinuer, de près ou de loin, que je déshonore ma profession dans le présent texte de réflexion. Au contraire, dans ce dossier, j’ai travaillé avec soin et rigueur. J’ai produit une preuve solide. J’ai fait témoigner des personnes importantes. J’ai soumis de la jurisprudence. J’ai plaidé avec structure. Je me suis battue pour que la voix de l’enfant et celle du parent que je représentais soient pleinement entendues.

Note : L’état du droit applicable n’oblige pas le Tribunal à détailler l’ensemble de la preuve présentée par chacune des parties dans un jugement. La décision doit être motivée. En l’espèce, elle l’a été principalement par les rapports de la DPJ et le témoignage de son intervenante. Ces éléments de preuve ont été jugés prépondérants et retenus. Le Tribunal n’a commis aucune erreur de droit en choisissant de ne pas retenir la preuve ni les arguments que j’ai présentés. Il a agi conformément au droit applicable.

Auteur : Maître Vivan Nguyen, avocate en protection de la jeunesse et droit familial desservant les districts judiciaires de Montréal, Laval et Longueuil

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