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Qu’est-ce qui coûte cher pour rien chez un avocat en droit familial et en DPJ ?

Avertissement : Le présent article s’inscrit dans une approche de tough love. Sa lecture ne sera peut-être pas toujours agréable, mais son contenu se veut assurément utile et constructif.

Lorsque vous consultez un avocat à taux horaire, vous payez pour le temps consacré à votre dossier. La lecture de vos courriels, les réponses, les appels et les rencontres font partie du travail facturable, selon votre entente de services.

En toute bienveillance, je constate que certains comportements peuvent doubler ou tripler les honoraires des clients, parfois davantage, sans faire avancer leur dossier. En termes simples : ça coûte cher pour absolument rien.

Je parle ici d’un comportement précis : reposer continuellement la même question pour tenter d’obtenir une réponse différente.

Vous avez posé une question. Votre avocat vous a donné une réponse claire, détaillée et adaptée à votre situation. Pourtant, vous reposez cette question le lendemain, puis la semaine suivante. Vous présentez de nouveau vos arguments personnels. Vous insistez sur votre vision des choses. Vous reformulez vos questions pour leur donner une apparence nouvelle.

Non pas parce que vous avez oublié la réponse ou que vous ne l’avez pas comprise, mais parce que vous espérez finir par vous faire dire que vous avez raison.

Pendant ce temps, les honoraires continuent de s’accumuler.

Certaines personnes consultent un avocat en espérant qu’il leur confirmera qu’elles ont raison et que la partie adverse a tort sur tous les points. En droit familial et en protection de la jeunesse, je comprends que les enjeux soient profondément personnels. Il est question de vos enfants, de votre famille et de décisions qui touchent directement votre vie.

Cependant, les réponses de votre avocat doivent tenir compte du droit applicable, de la preuve et de la manière dont les tribunaux appliquent la loi. Elles ne peuvent pas simplement correspondre à ce que vous souhaitez entendre.

Ce n’est pas parce que vous répétez vos questions et vos arguments que la loi changera ou que le tribunal adoptera votre point de vue.

Votre avocat n’est pas là pour vous plaire. Il est là pour vous conseiller, défendre vos intérêts et vous expliquer les risques.

Cela comprend les risques associés à vos propositions, à vos démarches et à vos comportements. En matière familiale et en DPJ, certains gestes peuvent avoir des conséquences graves, durables et parfois irréversibles. Vous mettre en garde fait donc aussi partie de son travail, même lorsque cette mise en garde vous déplaît.

Pour garder vos honoraires raisonnables, posez votre question, prenez connaissance de la réponse et donnez-vous le temps de l’assimiler. Si elle vous a été fournie par écrit, relisez-la avant de demander une nouvelle rencontre ou d’envoyer un autre courriel sur le même sujet.

Vous pouvez demander des précisions. Vous pouvez signaler une erreur factuelle ou transmettre un élément nouveau. Vous pouvez aussi être en désaccord. Mais argumenter avec la même opinion juridique, rencontre après rencontre, courriel après courriel et appel après appel, entraîne du travail supplémentaire que vous payez.

Une question reformulée n’est pas nécessairement une nouvelle question. Et votre désaccord ne constitue pas, à lui seul, un élément nouveau qui justifie de modifier l’analyse.

Si la réponse ne vous satisfait toujours pas, une seconde opinion auprès d’un autre professionnel du droit peut être plus utile que de multiplier les échanges pour convaincre votre avocat actuel de changer la sienne. Présentez alors votre situation et les documents pertinents de façon complète afin d’obtenir un avis éclairé.

Vous pourrez ensuite décider de poursuivre avec votre avocat actuel ou de retenir les services d’un autre avocat qui convient mieux à vos besoins. Une seconde opinion peut toutefois confirmer la première : changer d’avocat ne change pas nécessairement la réponse juridique.

Je tiens à être claire sur la portée de ce texte. Il ne vise pas les situations où l’avocat n’a pas suffisamment expliqué sa réponse, ni celles où vous avez besoin d’une clarification pour comprendre les conseils reçus. Il ne vise pas non plus les situations où de nouveaux faits ou documents nécessitent une nouvelle analyse.

Il vise les situations où, malgré des explications claires et détaillées, l’avocat passe des jours ou des semaines à répéter exactement la même information et la même opinion juridique, parce que le client cherche à obtenir une réponse qui lui plaît davantage.

Il n’est pas dans votre intérêt de payer trois, cinq ou dix fois pour obtenir la même explication. Lorsque votre avocat vous fournit une réponse structurée et détaillée que vous comprenez, une fois suffit amplement.

Vos honoraires devraient servir à faire avancer votre dossier et à prendre des décisions éclairées. Les consacrer à tenter de faire changer une réponse uniquement parce qu’elle ne vous plaît pas, c’est payer davantage sans nécessairement améliorer votre situation.

Auteur : Maître Vivan Nguyen, avocate en protection de la jeunesse et droit familial desservant les districts judiciaires de Montréal, Laval et Longueuil

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